En s’appuyant sur un article de recherche récent, nous analysons dans ce billet les raisons liées à la demande qui expliquent la faible souscription à une assurance dans les zones exposées aux catastrophes. Outre les biais de perception, plusieurs raisons pourraient expliquer la faible demande d’assurance contre les catastrophes naturelles.

Premièrement, l’assurance peut être trop chère pour les ménages. Lorsqu’une assurance est disponible, les primes d’assurance en Amérique latine et aux Caraïbes sont élevées en raison de l’offre de réassurance limitée ou onéreuse dans ces zones très exposées.

Deuxièmement, en Amérique latine et aux Caraïbes, de nombreuses maisons sont de mauvaise qualité, ne répondent pas aux normes de construction adéquates, qui sont en pratique souvent inexistantes ou dépassées. En particulier, dans les départements français d’outre-mer, il n’est pas nécessaire d’obtenir un permis pour construire une maison car le droit de propriété permet aux ménages d’être propriétaires des murs de leur maison sans être propriétaires du sol sur lequel elle est construite. En raison de leur faible résilience aux événements naturels, ces maisons légales pourraient être considérées comme non assurables par les compagnies d’assurance.

Troisièmement, l’assistance est un substitut à l’assurance formelle et diminue la demande d’assurance. Les ménages peuvent obtenir une aide financière après une catastrophe naturelle auprès des autorités locales, des organisations internationales, non gouvernementales, ou des proches. Les départements français d’outre-mer bénéficient également d’une aide financière importante de la part du gouvernement via le fonds de secours pour l’outre-mer. Par ailleurs, la décision des voisins de ne pas s’assurer peut augmenter l’éligibilité du voisinage aux aides et donc diminuer le bénéfice individuel de l’achat d’une assurance, ou au contraire augmenter ce bénéfice si l’aide doit être partagée entre les ménages non assurés.

Quatrièmement, les choix d’assurance des voisins ont également un impact sur les décisions individuelles par le biais des effets de pairs et soutiennent ainsi un faible niveau de souscription. En effet, les normes sociales ont un impact sur la décision de souscrire une assurance, car les individus peuvent penser que leurs proches ont des préférences similaires aux leurs ou ont déjà contribué aux coûts de recherche pour obtenir des informations sur le risque et l’assurance.

Cinquièmement, bien que les obligations d’assurance augmentent logiquement la demande d’assurance, elles ne garantissent pas en réalité que les ménages ciblés souscrivent une assurance. Par exemple, même si la souscription d’une assurance habitation est souvent une condition à l’obtention d’un prêt hypothécaire, certains propriétaires ayant des prêts en cours peuvent ne pas renouveler leur contrat d’assurance une fois installés.

Logements non assurables et anticipation de l’aide

Les résultats de notre étude montrent que la faible demande est principalement due à la mauvaise qualité des logements et aussi probablement à l’anticipation d’une aide. Le prix de l’assurance réglementé dans les départements d’outre-mer ne contribue pas de manière significative à la faible demande d’assurance. De plus, les choix d’assurance des voisins ont un impact sur les décisions d’assurance de l’individu par le biais de l’éligibilité du voisinage à l’aide et par les effets de pairs. Le fait d’avoir grandi en France métropolitaine où la grande majorité des gens sont assurés augmente la probabilité d’être assuré. Enfin, les obligations d’assurance existantes sont opérantes mais ne garantissent pas que les ménages ciblés souscrivent une assurance en raison du faible suivi des renouvellements d’assurance par le bailleur lors d’une location ou par les banques lors d’un prêt immobilier.