Gaëlle Merle, responsable du service « communication et zéro déchet » au syndicat mixte Cyclad en Charente-Maritime Jean-Michel Nossant/La Gazette
16 territoires ont été labellisés « Territoires d’innovation en économie circulaire », dont 6 en région Nouvelle-Aquitaine, comme le Cyclad et le Smicval. L’Agence de la transition écologique (Ademe) a présenté son nouveau label en septembre 2020, lors des 4es assises de l’économie circulaire. Outre la reconnaissance, il offre l’appui de l’Ademe et des régions.

Selon l’agence de la transition écologique (Ademe), le réemploi permet de diminuer de 13 kilogrammes la quantité de déchets par an et par personne. Plusieurs collectivités développent des initiatives dans ce sens : recycleries, ressourceries, zones de gratuité, troc. Contrairement aux recycleries, dans le cas du troc ou de la zone de gratuité, il n’y a pas de vente. Le mot « troc » est souvent employé abusivement car, dans la plupart des cas, il n’y a pas d’échange instantané : on peut prendre des objets sans en déposer, en prendre et en déposer, ou en déposer sans en prendre. L’une des initiatives pionnières sur les zones de gratuité a été portée par le Cyclad, en Charente-Maritime, qui a lancé l’une des premières opérations il y a dix ans. L’idée a fait bien du chemin depuis. Mais les opérations de troc organisées par les collectivités restent souvent très ponctuelles et sur des objets particuliers, comme les « trocs de livres ».

L’exemple le plus connu de troc organisé au sein d’une déchetterie est le Smicval Market. C’est une déchetterie inversée, basée sur le réemploi. Son succès repose sur le soin mis en œuvre pour en faire un espace accueillant et coloré, transformant ainsi la perception du « déchet » en objet prêt à être réemployé. Le Smicval du Libournais (138 communes, 210 000 hab., Gironde) a lancé cet équipement en 2017. « Cet outil est inscrit dans notre projet politique territoire zéro déchet, zéro gaspillage », explique Karine Pain, responsable de la communication.

Ateliers de valorisation

Chacun peut apporter, chacun peut prendre. Ce modèle privilégie le don avant le recyclage, et, en dernier recours, l’enfouissement. Sur ce site, 1 000 objets sont déposés chaque année, ce qui permet de détourner 60 % des déchets de l’enfouissement. Le Smicval travaille sur une nouvelle génération de Smicval Market, plus créatrice de liens sociaux, avec notamment des ateliers de valorisation. Il serait construit à Libourne, hors déchetterie, avec une ouverture prévue en 2023. « La loi Agec (1) du 10 février 2020 va dans ce sens, en instaurant justement l’obligation de prévoir des zones de réemploi dans les déchetteries. Ce type d’initiative devrait se multiplier dans l’avenir », estime Pauline Debrabandere, responsable du programme « territoires », au sein de Zero Waste France.

La communauté de communes du val de Drôme (30 communes, 30 800 hab., Drôme) n’a pas attendu cette loi pour passer à l’action. En 2014, elle a instauré « Troc ton truc ». Elle a acheté un conteneur pour 9 700 euros, l’a aménagé, peint avec des couleurs vives et placé à l’entrée de la déchetterie de Loriol-sur-Drôme. Les habitants peuvent y déposer des objets en bon état ou en récupérer gratuitement. Pour animer ce dispositif, sept jeunes en service civique tournent en binômes chaque semaine.« L’idée a germé sur notre territoire à la suite du constat qu’un grand nombre d’objets partait à l’enfouissement. Cette initiative est possible et n’accroît pas le travail des agents, grâce aux volontaires en service civique. En 2017, nous avons détourné environ 1 400 kilogrammes d’objets. En 2020, uniquement entre les mois de septembre et décembre, nous en avons écoulé à peu près une tonne. Il y a un bon turn-over, il rentre à peu près dans le conteneur autant de choses qu’il en ressort », explique Laurie Morencé, coordinatrice de l’équipe des volontaires en service civique. Néanmoins, certaines collectes, trop nombreuses, ont été momentanément stoppées ou réorientées. Ainsi, les livres vont être valorisés dans des cabanes à livres.

Village de la réparation

Une autre expérimentation a été lancée en octobre : un troc dans le centre-ville de Loriol-sur-Drôme, sur quatre mercredis. Un succès assuré, mais l’expérience a été stoppée par le Covid-19. Le nouvel objectif est d’ouvrir des boutiques éphémères. « Nous visons les commerces vacants pour accueillir les familles dans des lieux chauffés et plus spacieux, où nous pourrions aussi proposer des vêtements », projette Laurie Morencé.

Nevers agglo (13 communes, 67 100 hab., Nièvre) organise, depuis 2015, la D’reve (pour don, réparation, échange, vente d’occasion), journée festive qui se déroule dans un parc. En plus de la zone de gratuité, il y a un vide-greniers classique (objets en vente), un troc de plantes, une Disco soupe (invendus alimentaires de l’épicerie solidaire servis sous forme de smoothies, de soupes, etc.), un village de la réparation et du réemploi. L’Install party permet d’installer des logiciels libres sur les ordinateurs. La D’reve est complétée par des « gratiferia », depuis 2017. Des barnums sont installés en pied d’immeubles et les gens y déposent des objets et en reprennent. Tout est gratuit. La communauté d’agglo dispose aussi d’un site internet spécifique (« troc-nevers-agglo.fr »), qui facilite le don d’objets entre particuliers et rend les acteurs du réemploi plus visibles.

Gaëlle Merle, responsable du service « communication et zéro déchet »

[Syndicat mixte Cyclad (Charente-Maritime) 188 communes • 150 000 hab.] L’objectif du syndicat mixte Cyclad était de faire connaître le concept de zones de gratuité pour que chacun se l’approprie et en organise d’autres dans les écoles, les entreprises, etc. La journée « Donnez-prenez » a rencontré un franc succès : 2 500 personnes dès la première année, en 2011, 4 800 en 2013. En 2017, le Cyclad a passé le relais à une association dédiée au zéro déchet, qui organise désormais ces événements. Le dispositif a aussi évolué vers la création du CyclaB, laboratoire d’innovation en économie circulaire. C’est là qu’a germé l’idée de la Cyclab’box, en 2018. « Pour développer l’économie circulaire et le réemploi à coût maîtrisé, le syndicat a décidé d’acheter huit conteneurs d’occasion. Il les a relookés pour être bien visibles et les a déposés au centre de huit déchetteries. Ces Cyclab’boxes sont des espaces de gratuité permanents, réservés aux usagers des déchetteries. Il s’agit d’aller encore plus loin en montrant que les déchets sont source de richesses pour le territoire », explique Gaëlle Merle, responsable « communication et zéro déchet » au sein du Cyclad. Les personnels de la déchetterie, formés, sont devenus des agents « valoristes ». Les Cyclab’boxes fonctionnent très bien et, pour accueillir plus d’objets, le CyclaB a imaginé une version 2 en 2019. Depuis janvier 2021, Surgères accueille la Cyclab’box nouvelle génération : elle s’ouvre désormais sur un espace beaucoup plus grand (128 mètres carrés), abrité par des bâches.

Contact : Gaëlle Merle, g.merle@cyclad.org

Economie circulaire : et si on passait de la parole aux actes ?