Rodolphe Lamy mercredi 11 janvier 2023

Au terme de 6 mois d’investigations, deux sénatrices ont remis rapport d’information de 372 pages. Le constat est sans appel : sans une profonde remise en question du système de traitement et de collecte, les territoires ultramarins courent à une catastrophe sanitaire et environnementale. Mayotte et la Guyane sont déjà face à l’urgence.

Jean-François Carenco, le ministre délégué aux Outre-mer arrive ce jeudi 12 janvier à la Martinique, pour trois jours. Pas le fait du hasard, c’est par la question des déchets qu’il débute ce nouveau déplacement, au site d’enfouissement du Syndicat Martiniquais de Traitement et de Valorisation des Déchets, à Petit-Galion (Robert).

Et pour cause : même s’il est passé presqu’inaperçu, le 15 décembre dernier, au terme de 6 mois d’investigations, deux sénatrices ont remis un document de 372 pages sur la gestion des déchets dans les outre-mer. Après trois déplacements et 160 auditions, les parlementaires de l’Aude, Gisèle Jourda (Socialiste, Ecologiste et Républicains) et de la Réunion, Viviane Malet (Les Républicains) peignent un tableau alarmant. 

Pour les auteures de ce rapport, le décalage avec l’Hexagone est colossal, à travers un triptique plus que problématique : taux d’enfouissement écrasant, taux de valorisation faible, valorisation énergétique quasi nulle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

En moyenne, sur l’ensemble des départements et territoires d’Outre-mer, le taux d’enfouissement des déchets ménagers atteint 67% (contre 15% au niveau national). Seuls 14 kilos d’emballages ménagers sont collectés par habitants par an sur les 5 DROM (contre 51,5 kilos pour la France entière).

Loin de l’Hexagone, avec des contraintes spécifiques, le coût moyen de gestion des déchets s’avère aussi 1,7 fois plus élevé. 

Dépôts sauvages, milliers de VHU (Ndlr : au moins 20 000 en Martinique selon le décret Letchimy de 2017), poison lent des anciennes décharges illégales : les conséquences ne se font pas attendre.

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Sanitaires, tout d’abord, particulièrement en Guyane et à Mayotte (dengue, hépatite A, typhoïde, leptospirose) mais aussi environnementales (mangroves étouffées, cadre de vie dégradé, sols pollués) alors que les Outre-mer abritent 80% de la biodiversité française. 

Conséquences déjà visibles

Les sénatrices estiment un plan Marshall nécessaire pour la Guyane et Mayotte, en débloquant, au minimum, 250 millions d’euros sur 5 ans « pour réaliser les équipements prioritaires structurants, en plus des aides actuelles de l’Etat ». La Guyane ne dispose que de deux déchèteries malgré l’étendue du territoire. Face à l’existence de « quartiers informels » ou de zone isolées non desservies par la collecte, 82% des déchets ménagers sont aujourd’hui enfouis.

La Guadeloupe et la Martinique sont considérées, elles, « sur une ligne de crête ». Seul territoire à s’être doté tôt d’une unité d’incinération, la Martinique « n’est pas parvenue à capitaliser sur cet acquis pour déployer une politique plus ambitieuse ». 

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Le territoire a même régressé, constatent les sénatrices : l’enfouissement, 3ème mode de traitement des déchets en 2016, est aujourd’hui la première solution, grimpant d’environ 20% à 40%. Le taux de valorisation énergétique a diminué de moitié (30 à 15%), la valorisation matière et organique, dans une moindre mesure, est aussi en baisse. 

En Guadeloupe, qui ne dispose pas d’unité de valorisation énergétique, la situation n’est guère meilleure : réseau de déchèterie fragile, tri insuffisant, voire refusé…

Au terme de leur rapport, les sénatrices dressent 26 propositions dans tous les domaines : financements, coûts, gouvernance, ingénierie, coopération régionale, filières à Responsabilité élargie des producteurs (REP), modes de collecte et de traitement…

Pour elles, l’ « urgence » est déjà là et il convient de prendre le virage « d’une économie circulaire réaliste et adaptée aux contraintes propres » aux territoires ultramarins pour éviter une catastrophe.

√ Plus de précisions dans notre édition de ce jeudi 12 janvier.