L’objectif de cet article est d’examiner comment les banquiers centraux communiquent leur confiance et leur incertitude dans leur processus de délibération politique. À cette fin, nous analysons les similitudes et les différences entre les comptes rendus de la Réserve fédérale (Fed), de la Banque d’Angleterre (BoE) et de la Banque centrale européenne (BCE). Les comptes rendus des banques centrales fournissent un résumé détaillé des discussions et des délibérations politiques lors de la réunion et sont, par conséquent, plus riches en informations que les déclarations politiques. Notre analyse porte sur la période 1993-2020 pour la Réserve fédérale, 1998-2020 pour la BoE et depuis 2015 pour la BCE.

Pour atteindre notre objectif, nous construisons d’abord des mesures textuelles de confirmation, surprise et d’incertitude des banquiers centraux, telles qu’elles sont communiquées par les comptes rendus. Pour arriver à ces mesures, nous construisons des dictionnaires sur mesure des termes que les décideurs utilisent pour exprimer la confirmation de leurs attentes mais aussi pour exprimer la surprise et l’incertitude de ce qui s’est passé. Ces dictionnaires sont basés sur notre lecture de plusieurs comptes rendus des trois banques centrales, enrichis par des techniques d’apprentissage automatique. Avec ces dictionnaires en main, nous utilisons des méthodes informatiques pour construire des mesures de sentiment pour la surprise et la confirmation. Ces mesures sont basées sur le nombre d’occurrences de nos mots-clés dans la partie du compte rendu consacrée aux délibérations (par rapport au nombre total de mots utilisés dans la section correspondante du compte rendu), pour chaque banque centrale, à la fréquence de leurs réunions respectives. La partie du compte rendu réservée aux délibérations constitue l’espace du compte rendu consacré à l’opinion des décideurs sur les développements économiques et à la justification de la décision politique.

Nous constatons que les décideurs ont tendance à exprimer plus de confirmation que de surprise dans le compte rendu, et que plus d’espace est consacré aux tendances en cours et moins aux attentes passées (qu’elles soient confirmées ou non). Nos résultats suggèrent que cette communication a un caractère prospectif, confirmant la croyance générale selon laquelle la délibération politique est basée sur des éléments prospectifs. Les mesures du sentiment de surprise et de confirmation fluctuent dans le temps, ce qui correspond à des épisodes de tranquillité et de volatilité économiques relatives.

Enfin, nous montrons comment la communication de la Fed, de la BCE et de la BoE sur la surprise et la confirmation est liée aux décisions de politique monétaire. Nous constatons que le sentiment du comité, à savoir si l’économie évolue comme prévu ou non, est informatif sur l’orientation de la politique, au-delà de ce que les données macroéconomiques suggèrent. Plus précisément, une plus grande communication de la surprise est associée à une plus grande probabilité que la politique soit assouplie lors des prochaines réunions (en tenant compte de l’effet des projections d’inflation et de la croissance du PIB). En revanche, la confirmation des tendances augmente plutôt la probabilité d’un resserrement de la politique. Ces résultats concordent bien avec les sources de surprise (activité économique) et de confirmation (inflation) que nous identifions dans les comptes rendus.