C’est l’un des rares effets positifs de l’inflation pour des dizaines de millions d’épargnants : le nouveau taux du Livret A dévoilé ce vendredi 13 janvier à la mi-journée a été relevé de 2 à 3 %. Un niveau sans précédent depuis 2009 mais toujours nettement inférieur à la hausse des prix à la consommation qui a atteint 5,2 % en moyenne en 2022 en France, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Calculé sur la base d’une formule prenant en compte l’inflation et les taux interbancaires, auxquels les banques s’échangent de l’argent à court terme, le taux du livret A, applicable au 1er février, a été annoncé par le gouverneur de la Banque de France puis officialisé par le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire.

Alors qu’il aurait pu théoriquement atteindre 3,3 %, François Villeroy de Galhau invoque dans un communiqué des « circonstances exceptionnelles » pour justifier un taux légèrement inférieur. Celui du Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux plus modestes, devrait quant à lui bondir de 4,6 % à 6,1 %.

Ce sera donc la troisième fois que le taux du livret d’épargne, placement le plus populaire en France, augmente en un an. Alors qu’il était à son niveau plancher de 0,5 % l’année dernière, il a doublé une première fois au 1er février 2022 puis une nouvelle fois au 1er août, pour atteindre 2 %.

Cela fait plusieurs semaines que le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, évoque une hausse « significative ». Mais il a tenu mercredi à tempérer les ardeurs des plus optimistes, en soulignant devant la commission des finances du Sénat que sa recommandation « devrait prendre en compte dans ses quelques possibilités d’ajustement le bon équilibre entre la juste rémunération de l’épargne populaire et la préservation d’un coût de financement raisonnable de notre économie, dont le logement social en particulier ».

Des effets positifs pour les épargnants… à relativiser

Le Livret A est très courtisé par les Français. Selon l’Observatoire de l’épargne réglementée, en 2021, plus de quatre Français sur cinq en détenaient un, soit 55 millions de personnes. En effet, ces placements ont tout pour plaire : en plus d’avoir un plafond important – 22 950 euros – ils offrent un taux d’intérêt garanti, sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux et l’argent déposé reste disponible à tout moment. Dans les faits, les Français devraient donc percevoir des intérêts plus importants à la fin de l’année 2023. Ainsi avec un taux à plus de 3 %, un épargnant ayant 10 000 euros sur son Livret A, le gain en année pleine serait donc de 320 ou 330 euros respectivement, contre 200 euros au taux actuel.

Reste que ce gain est toutefois à nuancer quand on intègre les effets de l’inflation. Pour le directeur des Études économiques à l’école de commerce IESEG, Eric Dior, les épargnants devraient même continuer à perdre du pouvoir d’achat sur leur épargne en 2023. « Une inflation de 5,9 % comme en décembre 2022, à supposer qu’elle persiste, implique que ce qui coûte 1000 euros aujourd’hui coûtera 1059 euros après un an. Mais 1000 euros épargnés sur un livret A, au taux de 3 %, deviennent seulement 1030 euros après un an. Donc, après un an, même après avoir reçu les intérêts de 30 euros, les épargnants ne peuvent plus se payer tout ce qu’ils pouvaient se payer au départ avec leurs 1000 euros », lit-on dans une note publiée ce jeudi par l’IESEG.

Une perte de pouvoir d’achat qui sera d’autant plus ressentie chez les petits revenus détaille la note. « L’indice des prix à la consommation est une moyenne des prix des différents biens et services qu’on peut acheter, pondérés par leurs parts dans les dépenses totales des ménages. Les pondérations utilisées sont donc celles de la moyenne de la population ». Or, pour les ménages modestes, la part des produits énergétiques – les plus touchés par la hausse des prix – est très importante. « Le taux d’inflation auquel les personnes à revenu modeste sont réellement exposées, est donc supérieur à l’officiel », en déduit Eric Dior.

Une note salée pour les acteurs financiers

Une nouvelle qui n’est pas très bien reçue par les acteurs financiers non plus. Car le coût du livret A sera logiquement plus important pour ces derniers : rémunérer 500 milliards d’euros à un peu plus de 3 % par an, c’est servir en année pleine plus de 15 milliards d’euros, six fois plus qu’une année à 0,5 % comme 2021. Une facture qui se fera ressentir dans les comptes de la Caisse de dépôts, qui centralise une partie de cette somme.

Les banques craignent par ailleurs « qu’une telle hausse du taux du livret A le rendrait très attractif et incite trop d’épargnants à se détourner des placements en assurance », avance Eric Dior, directeur des Études économiques à l’école de commerce IESEG à l’AFP. Parmi les rendements annoncés depuis le début de l’année par les gestionnaires des fonds euros en assurance vie, aucun n’atteint pour l’instant la barre des 3 %.