Challenges Économie

Par David Bensoussan le 22.11.2022 à 18h00 Lecture 3 min. Abonnés

Dans son « portrait social », publié aujourd’hui, l’institut montre que les classes moyennes supérieures ont davantage bénéficié des mesures fiscales et sociales du gouvernement lors de la crise de 2020-2021

Voilà une étude qui vient quelque peu nuancer le prétendu « tournant social » d’Emmanuel Macron à l’occasion de la crise du Covid. Dans son « portrait social » de la France, publié aujourd’hui, l’Insee s’est penché sur l’impact des mesures prises par le gouvernement en 2020-2021, en fonction du niveau de vie des ménages. En moyenne, les revenus des Français ont grimpé de 1,1%, soit 280 euros par an et par personne. Mais ce sont les classes moyennes supérieures qui en ont le plus profité, avec des progressions comprises entre 1,3 et 1,6%, contre moins de 1% pour la plupart des ménages modestes. L’écart est encore plus spectaculaire en euros: alors que les gains moyens sont compris entre 100 et 140 euros pour les moins aisés, ils atteignent 430 à 490 euros pour les 30% de Français les plus riches! Explications.

©Insee

L’Insee a étudié à la fois les mesures pérennes dans le temps, comme la suppression de la taxe d’habitation, et les mesures exceptionnelles prises pour faire face à la crise sanitaire (hors chômage partiel) et au choc inflationniste. Pour affiner l’analyse, l’Institut a ensuite divisé la population en dix tranches par niveau de richesse, appelée déciles. Petite subtilité méthodologique à souligner: comme les aides ponctuelles de l’année 2020, davantage ciblées sur les plus modestes (aides aux chômeurs et bénéficiaires du RSA, majoration de l’allocation de rentrée scolaire…), n’ont pas été reconduites en 2021, leur effet est neutralisé quand on fait le bilan global. Mais elles ont tout de même soutenu temporairement le pouvoir d’achat en 2020, à hauteur de 150 euros pour les 30% les plus pauvres. Au final, parmi les mesures exceptionnelles prises en compte par l’Insee, seule la hausse du chèque énergie, décidée fin 2021, « avantage » les 20% les moins aisés, de 40 euros en moyenne.

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Deux réformes fiscales d’ampleur

Dans l’étude de l’Insee, ce sont donc les mesures structurelles qui ont le plus d’impact. Elles pèsent pour 90% de la hausse des revenus des ménages et expliquent la situation plus favorable des Français aisés. Ces derniers ont ainsi bénéficié massivement de deux réformes fiscales d’ampleur totalisant plus de 11 milliards d’euros: l’allègement du barème de l’impôt sur le revenu (IR), consécutif à la crise des gilets jaunes, et la suppression progressive de la taxe d’habitation. La moitié la plus modeste de la population n’en a quasiment pas profité puisque ces ménages ne sont pas imposables à l’IR et bénéficiaient déjà, le plus souvent, d’une exonération de taxe d’habitation. Côté prestations sociales, les augmentations de l’allocation de solidarité aux personnes âgées ou de la garantie jeunes ont été largement contrebalancées par la sous-indexation des allocations familiales, de l’allocation aux adultes handicapés, des aides au logement et de la prime d’activité.