Le prix des bouteilles de rhum flambe depuis plusieurs semaines. Certains flacons ont vu leur tarif gonfler des presque deux euros en rayon. Le prix du breuvage pourrait continuer à s’élever. Difficultés d’approvisionnement en matières premières, coût du fret multiplié par 2, hausse du prix de la canne sur le marché, rendements en baisse, ou encore la taxe alcool prélevée par le biais des cotisations de sécurité sociale. Les producteurs de rhum de la Martinique sont soumis à un marché sous tension, affecté par la guerre en Ukraine et l’inflation.

Des coûts en hausse

La distillerie La Favorite doit faire face en priorité aux problèmes d’approvisionnement. Les ruptures de stock en contenant en verre ont poussé les entreprises à commander en quantité, ce qui a eu pour effet de tendre le marché des verriers.

En décembre 2021, le fournisseur de la distillerie lui demandait de réserver pour 2023. En avril, le verrier appliquait une augmentation de 22% du prix de la bouteille. Début septembre, la Favorite a connu une nouvelle augmentation de 22%.

« Une chose qui est sûre, c’est que sur la production 2022 on aura la quantité de bouteilles dont on aura besoin. Par contre pour 2023, on a aucune visibilité. Les augmentations sont pratiquement de 50% en moins d’un an », explique Franck Dormoy, directeur de La Favorite.

La guerre en Ukraine pèse lourdement sur la fabrication de verre. Le pays abrite parmi les plus grandes usines du secteur en Europe. Certaines ayant dû fermer compte tenu de la mobilisation des ouvriers sur les différents fronts.

Le producteur de rhum souligne aussi la revalorisation du prix de la canne. « La canne coûte le double d’il y a 15 ans. On arrache les herbes à la main donc on a une main d’oeuvre beaucoup plus importante », précise-t-il.

L’industriel avance une troisième raison à l’augmentation, la hausse « de la taxe sécurité sociale qu’on lisse jusqu’en 2024. Ce coût sera multiplié par 3 ».

La consigne

Pour tous les producteurs de rhum, cette augmentation du prix du verre et les problèmes d’approvisionnement les obligent à chercher d’autres solutions de conditionnement.

Les cubis, comme les bouteilles en plastique sont des possibilités, mais la consigne est aussi une piste envisagée, notamment par la distillerie Neisson. Elle annonçait en 2021 sur ses réseaux sociaux le lancement de bouteilles de rhums blancs de 50 et 55° sérigraphiées et graduées destinées à la consigne en Martinique seulement.

La consigne présente toutefois des contraintes de récupération et de traitement des bouteilles en verre usagées.

Depuis quelques jours, le producteur carbétien a élargi son offre de consigne. Jusqu’au 31 octobre, « nous rachetons vos Zepol Karé de 70cl à 50 centimes » indique la marque sur sa page Facebook.

Cette possibilité ne concerne que les bouteilles de 70 cl, vides, propres et avec son bouchon d’origine

Par Karl Lorand et Florence Treuil pour RCI Martinique