« Tenir ce cahier entre nos mains fut un moment chargé d’émotions en raison de la symbolique que représente son acquisition » confie Pierre Sainte-Luce à la rédaction d’Outremers360. L’an dernier, grâce à la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, Pierre Sainte-Luce a vent de l’existence de ce manuscrit. Une vente aux enchères doit avoir lieu à la salle Drouot et le manuscrit fait partie des pièces mises à estimation.

« Nous avons mené une enquête et avons constaté l’état de parfaite conservation du document, d’une grande valeur historique » raconte encore le docteur en Médecine et en Sociologie. « Le 10 novembre 2022, notre fille, Marion, qui vit à Paris a pu procéder à la montée des enchères alors que nous étions au téléphone en Guadeloupe. Vous pouvez imaginer la tension et enfin la joie dès l’acquisition du manuscrit ». 

Il s’agit plus précisément du journal personnel de l’ancien président Victor Schœlcher -initiateur du décret d’abolition de l’esclavage en 1848-, qui a été rédigé entre 1870 et 1893 pendant les vingt dernières années de sa vie. « Dans ce journal, qui est accompagné de nombreuses coupures de presse, l’auteur revient sur son engagement en faveur de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises et sur sa carrière politique, notamment sous la Seconde République », explique Pierre Sainte-Luce.

« Outre sa dimension mémorielle, un tel témoignage est une source inédite d’informations sur la personnalité de Victor Schœlcher, sur la vie politique française et sur les rapports noués avec l’outremer au XIXe siècle » poursuit-il, estimant qu’une « analyse plus complète nous permettra de mesurer la valeur documentaire des derniers écrits de l’ancien journaliste. De nombreux passages sont rédigés en Anglais, car il fut en exil en Angleterre durant plusieurs années ».

Pour le fondateur du groupe Manoukiani, il faut naturellement transmettre et partager ce document. « Les historiens ont besoin d’accès aux matériaux bruts pour bien effectuer leur travail d’analyse » souligne-t-il. « J’ai la volonté d’en faire bénéficier le plus grand nombre. Je crois en effet, qu’un journal de cette nature doit être mis à la disposition du public et servir aux travaux des historiens. Je suis convaincu qu’il viendra ainsi enrichir au mieux un patrimoine documentaire auquel les chercheurs en Sciences sociales sont attachés ».

Pierre Sainte-Luce s’est également rapproché des enseignants Universités de la Sorbonne et des Antilles, il pense aussi à « des démonstrations » dans des musées à travers le monde, « en passant par les maires des communes où vécut et mourut Victor Schœlcher ». Et après la réalisation de copies numériques, l’original du manuscrit aura vocation à être déposé dans un centre de conservation de la Guadeloupe, assure-t-il encore.

« C’est notre contribution à la culture et à l’Histoire vis-à-vis du plus grand nombre : notre famille bien sûr, mais aussi nos salariés, les habitants de la Guadeloupe, la Martinique, de la Guyane et de La Réunion (…). Notre démarche s’inscrit dans la lignée de nos actions de patrimonialisation matérielle et immatérielle » conclut Pierre Sainte-Luce.

Victor Schœlcher photographié par Étienne Carjat