La colère monte dans les écoles supérieures d’art et de design. Mercredi 18 janvier, leurs syndicats d’enseignants, de personnels et d’étudiants ont organisé une journée de grève avec un même slogan affiché sur les murs : « Sans argent public, pas d’écoles publiques. » Selon le syndicat d’étudiants Le Massicot, plus de vingt établissements sur quarante-cinq ont été touchés.

Le feu couvait un peu partout depuis plusieurs mois. Cela fait près d’un an, par exemple, que l’École supérieure d’art et de design-Tours, Angers et Le Mans traverse une crise profonde : malgré des étudiants chaque année plus nombreux, son budget stagne, ses effectifs n’augmentent pas et ses locaux craquent.

À l’École européenne supérieure de l’image, en novembre et décembre 2022, des étudiants ont occupé les deux sites de Poitiers et d’Angoulême pour dénoncer des suppressions de postes d’enseignants et des départs en retraite non remplacés. Au même moment, l’École supérieure des arts appliqués Duperré, à Paris, se mobilisait contre l’insalubrité et la vétusté de ses ateliers. Quelques jours plus tard, étudiants et personnels de l’Institut supérieur des arts et du design de Toulouse manifestaient contre les restrictions budgétaires.

À gauche : la façade de l’ESAD au Havre recouverte des revendications des étudiants ; à droite : même cas de figure à l’ESAD de Grenoble.

Photos Courtesy of Écoles d’art et design en lutte

Réunis au niveau national dans une « inter-organisations » nommée École d’art et design en lutte, syndicats et collectifs alertent le gouvernement et les collectivités territoriales : alors que les budgets « stagnent ou régressent », les coûts de gestion, l’inflation, la hausse des prix de l’énergie grignotent peu à peu les moyens consacrés à l’enseignement. Selon un état des lieux réalisé par Le Massicot sur dix-huit écoles, « plus de la moitié prévoient une situation déficitaire pour 2023 et font état de pertes de financement au cours des dernières années ». Sept ont supprimé des postes, huit ont augmenté les frais d’inscription. Les déficits les plus graves touchent Angoulême-Poitiers, Aix-en-Provence, Toulouse, Besançon, Pau-Tarbes.

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À Valenciennes, le trou de l’École supérieure d’art et de design (Esad-Valenciennes), l’une des plus anciennes de France, est de « 400 000 euros ». Depuis dix ans, les subventions municipales ne cessent de baisser. En décembre, le maire, Laurent Degallaix, a prévenu qu’il ne compenserait plus la carence financière de l’État, et cela alors que les dépenses de chauffage explosent. Depuis, l’école survit au jour le jour. Début janvier, son conseil d’administration a décidé de ne pas l’inscrire sur Parcoursup et de ne pas accueillir d’étudiant en première année à la rentrée 2023. Il se donne jusqu’en mars pour « construire un budget à l’équilibre », a indiqué à La Voix du Nord sa présidente, Valérie Beyrouti, adjointe au maire. En attendant, l’Esad-Valenciennes a organisé une exposition dans sa galerie avec le soutien de cent artistes et designers (jusqu’au 20 janvier). En espérant que ce ne sera pas la dernière.

L’ESAD de Valenciennes est dans une situation précaire.

Photo Pierre Rouanet/PhotoPQR/Voix Du Nord/MaxPPP

L’« inter-organisations » compte poursuivre la mobilisation jusqu’à ce que ses représentants soient reçus par le gouvernement. Il faudra bien que celui-ci abatte un jour ses cartes : alors que de plus en plus d’écoles privées se placent sur le marché avec des formations coûteuses, l’État veut-il conserver un enseignement artistique de haut niveau accessible à tous en y mettant les moyens, ou le réserver à une minorité de privilégiés ?