Omar Sy est à l’affiche du film Tirailleurs sorti en salles depuis ce mercredi 4 janvier et il en est co-producteur. Réalisé par Mathieu Vadepied ( La Vie en grand , En thérapie ), le film raconte l’histoire d’un père enrôlé de force avec son fils dans l’équipe des tirailleurs dits sénégalais (venus du Sénégal, mais aussi de toute l’Afrique) lors de la Première Guerre mondiale.

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En pleine promo du film, une interview du Parisien a valu à Omar Sy une « polémique », initiée par plusieurs figures politiques françaises. En effet, l’acteur a répondu aux questions et a notamment été interrogé sur la guerre en Ukraine. Une phrase de l’interview a été retenue, prise hors contexte et a provoqué la colère de certains membres de la classe politique : « Quand (la guerre) est en Afrique, vous êtes moins atteints ? ».

Une « polémique » à laquelle l’acteur star a répondu, notamment au micro de RTL France. « On essaye de mettre un nuage de fumée autour de la promotion de mon film. On essaye de détourner le propos.  On laisse pisser ». Une belle manière de réagir et de revenir sur l’essentiel : son film hommage à des combattants africains issus des colonies françaises et l’importance de parler de leur histoire.

Retour sur l’histoire mal connue de ces combattants africains

A cette occasion sur Mouv’ et dans l’émission Quinze, Bintily a invité l’historien Pascal Blanchard, spécialisé dans l’Empire colonial français, les études postcoloniales et l’histoire de l’immigration, pour nous expliquer davantage qui sont ces tirailleurs africains, quel a été leur rôle pour la France, ce qui a changé pour eux depuis, et revenir sur la polémique autour des propos d’Omar Sy.

Mouv’ : Est-ce que vous pouvez nous rappeler qui étaient les tirailleurs sénégalais ?

Pascal Blanchard : Les tirailleurs sénégalais ont été recrutés à partir du milieu du 19ème siècle. Les régiments sont créés au Sénégal en 1857 par Faidherbe. D’ailleurs, le terme de « tirailleurs sénégalais » est resté alors qu’en réalité, ils ont été recrutés dans toute l’Afrique de l’Ouest, voire l’Afrique orientale. Ce nom a représenté tous ces régiments de soldats qui, lors de la Première guerre mondiale, puis la Seconde guerre mondiale, puis les guerres de décolonisation, ont fait partie de l’armée française.

La France ne s’est pas bien comportée avec eux à l’issue de la Première guerre mondiale, est-ce que vous pouvez nous rappeler cette page de l’Histoire ?

Leur présence – comme d’ailleurs la présence de combattants venus du Maghreb, du Pacifique, d’Océanie, pratiquement de tous les territoires coloniaux, ceux qu’on a un peu oublié pour la Première Guerre mondiale -, ne s’est pas soldée par une reconnaissance citoyenne au lendemain de la guerre, malgré le sacrifice de ces hommes et aussi des travailleurs qui étaient venus pour l’effort de guerre pendant le conflit. C’est là où il y a eu, quelque part, une forme à la fois de déception et de trahison politique. Blaise Diane, qui avait recruté ces combattants en 1918, notamment dans toute l’Afrique, leur avait promis la citoyenneté s’ils s’engageaient dans l’armée française, et en fin de compte ils ne l’ont pas eue.

Aujourd’hui on apprend que les derniers tirailleurs sénégalais pourront rentrer définitivement dans leur pays d’origine, tout en touchant leur minimum vieillesse. Avant, ils devaient séjourner 6 mois par an en France. Il était temps ?

Il était plus que temps ! Les dernières guerres coloniales, de décolonisation, datent de plus de 60 ans aujourd’hui. Il a fallu attendre si longtemps pour qu’on autorise tout simplement ces messieurs, qui se sont battus pour la France, d’avoir le droit de vivre près de leurs familles. Ça a pris du temps : cela fait des années que le combat est mené par beaucoup de personnes pour tout simplement reconnaître à ces messieurs le droit de finir leurs vies sereinement et en famille. Je pense que c’était le minimum que la République pouvait faire et on a un peu trop attendu.