Chaque semaine, Alternatives économiques sélectionne pour vous les meilleurs graphiques. Au menu cette semaine, le plongeon du nombre de chômeurs percevant des allocations en France, la divergence entre Etats-Unis et Europe en matière de facture énergétique, le retour de l’extrême pauvreté dans le monde, l’implantation massive d’Uber dans les quartiers populaires français et l’inquiétante situation des ponts routiers dans l’Hexagone.

1/ Toujours moins de chômeurs indemnisés

Pour une surprise, ce n’est pas vraiment une surprise ! Les derniers indicateurs de l’Unédic continuent de montrer une chute du nombre de chômeurs indemnisés. Fin juin 2022, 2,3 millions de demandeurs d’emploi percevaient une allocation mensuelle, contre 2,8 millions un an auparavant. En moyenne, cette allocation s’élevait à 982 euros nets.

La reprise économique explique bien entendu la baisse du nombre d’inscriptions à Pôle emploi et, par ricochet, la décrue du nombre d’allocataires indemnisés. Ce sont d’ailleurs eux qui retrouvent le plus vite un emploi. L’assurance chômage joue son rôle d’amortisseur contracyclique et tout le monde devrait s’en réjouir. Sauf que la courbe des inscriptions à Pôle emploi pointe bien plus lentement du nez (- 8 % sur un an) que celle des indemnisations (- 21 %).

Il faut déjà voir dans ces tendances les effets de la réforme de l’assurance-chômage de 2019, pleinement entrée en vigueur en 2021. Le nouveau calcul du salaire journalier de référence qui sert à fixer l’allocation prend désormais en compte les périodes travaillées et non travaillées, ce qui pénalise toutes celles et ceux qui alternent des contrats courts avec des périodes de chômage.

Le durcissement des règles d’éligibilité à l’assurance chômage (il faut avoir travaillé l’équivalent de six mois sur les derniers 24 mois au lieu de 4 auparavant) contribue également à ce que les chômeurs n’aient pas cumulé suffisamment de droits pour percevoir une allocation.

Carton plein en revanche pour le gouvernement. Grâce aux effets combinés de la conjoncture et de la réforme, les dépenses d’indemnisation s’élevaient à 7,7 milliards à la fin du 2e trimestre 2022, soit une baisse de 22 % par rapport au même trimestre l’an passé. Gageons qu’avec le nouveau tour de vis attendu pour février 2023, le nombre des chômeurs indemnisés devrait encore se réduire comme peau de chagrin.

Sandrine Foulon

2/ La grande divergence entre Europe et Etats-Unis sur la facture d’énergie

Il y a mille manières d’illustrer à quel point la crise énergétique a violemment touché l’Europe en 2022. Dans une note de septembre, le géant de la gestion d’actifs BlackRock a choisi de comparer l’évolution des dépenses en énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) de l’Union européenne (UE) et des Etats-Unis ces 50 dernières années, en les rapportant aux PIB respectifs de leurs économies.

Si les dépenses européennes et américaines sont assez proches jusqu’en 2021, augmentant de concert pendant les chocs pétroliers puis au cours des années 2000, elles divergent nettement au cours de l’année 2022. Les données s’arrêtent en septembre 2022, mais le décrochage est saisissant : alors que les Etats-Unis ont dépensé, en moyenne cette année, 5,3 % de leur PIB pour acheter des énergies fossiles, l’UE y a consacré 11,7 % du sien, plus qu’au pic du second choc pétrolier.

Les Etats-Unis, devenus exportateurs nets d’énergie, profitent à la fois de la hausse des prix de l’énergie qu’ils vendent sur les marchés internationaux, et des prix relativement faibles de leur production d’énergie domestique. De quoi améliorer la compétitivité de l’industrie étatsunienne par rapport à celle de l’UE.

« Il est difficile de voir une quelconque amélioration pour l’Europe ces prochaines années avec, à notre avis, des perspectives de rationnement. L’hiver peut faire monter la demande d’énergie et réduire les stocks », prédisent les analystes de BlackRock, qui anticipent une « récession prolongée de plusieurs trimestres » pour le continent.

Matthieu Jublin

3/ Le Covid fait repartir l’extrême pauvreté à la hausse

La Banque mondiale vient de publier une évaluation rétrospective du taux d’extrême pauvreté dans le monde, entre 1950 et 1990. A partir de cette date, les sources statistiques nationales sont devenues de plus en plus riches et ont permis la publication au fil de l’eau de cet indicateur, dont la valeur depuis trois décennies était donc déjà connue. Le résultat est sans appel : entre 1950 et 1990, le taux d’extrême pauvreté, qui détermine la part de la population mondiale vivant avec moins de 2,15 dollars par jour, a diminué d’un demi-point par an, passant de 58,5 à 37,9 %.

Depuis la seconde guerre mondiale, le taux de pauvreté extrême n’a augmenté que quatre fois. Au milieu des années 1960 d’abord, en raison notamment des déboires économiques de l’Inde – qui a connu alors une sécheresse, une dévaluation de sa monnaie et qui se trouvait en guerre avec le Pakistan – puis au début et à la fin des années 1970 à cause des chocs pétroliers. Au milieu des années 1990, le taux d’extrême pauvreté a également augmenté dans le monde en raison de la crise financière asiatique, listent les experts de la Banque mondiale.

Le dernier épisode en date est la crise sanitaire du Covid-19 qui, selon les estimations, a conduit à l’augmentation la plus importante du taux d’extrême pauvreté depuis la seconde guerre mondiale (+ 0,9 point). Le taux d’extrême pauvreté dans le monde risque en effet de remonter de 8,4 % en 2019 à 9,3 % en 2020, ce qui nous éloigne de l’achèvement du premier des « objectifs du développement durable » établis par les Etats membres des Nations Unies, à savoir l’élimination totale de l’extrême pauvreté à horizon 2030.

Aude Martin

4/ Des quartiers populaires en état d’ubérisation avancée

« Uber a fait bien plus pour l’emploi dans les banlieues que trente ans de politique de la ville auparavant ! » avait fameusement déclaré en juin 2021 Cédric O, alors secrétaire d’Etat au numérique. Une sortie osée, mais malheureusement pas complètement absurde.

La concentration des emplois de livreurs (et chauffeurs VTC) dans les quartiers populaires atteint en effet des proportions étonnantes, comme le montre une note récente du bureau d’études Compas. « Au 1er janvier 2022, parmi les 179 200 livreurs en activité en France, un sur quatre (24 %) réside dans un quartier prioritaire de la politique de la ville » alors que ces derniers n’hébergent que 5 % de l’ensemble des travailleurs, note le chercheur Hugo Botton. Dans certaines zones urbaines, cette proportion dépasse les 50 %, comme dans les communautés d’agglomération de Blois, Béziers ou Mulhouse.

Au sein du Grand Paris, leur répartition se superpose presque parfaitement à la carte des banlieues populaires, comme le montre la carte ci-dessus. Plus généralement, la concentration de livreurs dans les quartiers prioritaires est d’autant plus forte que le taux de chômage, le taux de pauvreté, la part d’immigrés et le taux de déclassement (diplômés niveau bac +2 travaillant comme ouvriers ou employés) y sont élevés. Signe, selon Hugo Botton, de l’importance des discriminations sur le marché du travail et de la désaffection pour le salariat dans le « choix » de se mettre à son compte, même sous le statut peu enviable de travailleur des plateformes.

Xavier Molénat

5/ Alerte sur l’état des ponts en France

14 août 2018. Le pont autoroutier Morandi de Gênes (Italie) s’effondre partiellement, faisant 43 morts et 16 blessés. De ce côté-ci des alpes, l’effroi causé par la tragédie pousse à l’introspection : les ponts français sont-ils solides ? Une mission sénatoriale consacrée à cette question rend en 2019 un rapport sévère, assurant que 25 000 ponts sont en mauvais état structurel et appelant à un « Plan Marshall » pour améliorer leur sécurité. Trois ans plus tard, les résultats ne sont pas là, notent les sénateurs dans un nouveau rapport rendu cet été.

Le rapport 2022 de l’Observatoire national de la route (ONR) confirme qu’il y a de quoi être inquiet. Comme le montre le graphique, les ponts gérés par l’Etat sur le réseau routier national se dégradent. Plus précisément, nombre de ponts en bon état basculent dans des catégories dégradées.

Fort heureusement, la part des ouvrages réellement dangereux est stable. « Cela traduit un investissement dans les réparations d’ouvrages les moins bien notés, et un vieillissement « naturel » des ouvrages en bon état », écrit l’ONR. Le constat est globalement le même pour les départements, même si les « très grands » et les « grands » départements s’en sortent mieux que les « petits et moyens » (moins de 500 000 habitants).

Surtout, le rapport se penche pour la première fois sur les ponts gérés par les communes (routes communales). « Les résultats laissent apparaitre un patrimoine relativement dégradé pour les communes […] 9 % des ponts présentent des défauts majeurs de structure et près de 20 % présentent des défauts de structure significatifs », note l’ONR.

Plus alarmant encore, l’Observatoire calcule que les investissements de voirie des collectivités locales ont reculé en 2020 par rapport à 2019 (derniers chiffres disponibles), notamment au sein des communes. Malheureusement, le contexte inflationniste qui frappe de plein fouet le BTP risque de freiner encore davantage la réalisation des travaux.

Vincent Grimault